Pourquoi créativité et système ne sont pas contradictoires
L'erreur la plus répandue au sujet des joueurs créatifs consiste à penser qu'ils ont besoin de règles qui ne s'appliquent pas à eux. Que la créativité signifie s'affranchir du système. Qu'un Messi, un Ibrahimović ou un Robben doit être soit bridé, soit laissé totalement libre — mais jamais les deux à la fois.
La réalité des meilleurs meneurs de jeu mondiaux démontre exactement l'inverse : ils ne sont pas créatifs malgré leurs systèmes, mais grâce à la sécurité qu'offre un système. Johan Cruyff a produit son meilleur football au sein du jeu de position très structuré de l'Ajax et de Barcelone. Zidane s'épanouissait dans des équipes parfaitement organisées. Lamine Yamal progresse dans un système qui lui définit des espaces — avant de lui dire : maintenant, joue.
Dans le sport, la créativité n'est pas l'anarchie. C'est la capacité de trouver des solutions inattendues et efficaces au sein d'un cadre connu. Celui qui ignore le cadre ne sait même pas ce qui sort de l'ordinaire. Celui qui ne connaît que le cadre ne produira jamais rien d'autre que le convenu.
La question n'est donc pas : créativité ou système ? Mais plutôt : quel système permet à la créativité d'éclore — et lequel l'étouffe ?
Étude de cas : Gus Malzahn et la Spread Offense
Gus Malzahn a débuté sa carrière comme entraîneur de lycée dans l'Arkansas. Il a repris une équipe incapable d'obtenir des résultats avec des schémas offensifs conventionnels : manque de talent, déficit de gabarit, effectif trop restreint. Il a donc conçu sa propre philosophie.
Sa réponse fut la Spread Offense : une formation offensive qui étire l'adversaire sur toute la largeur du terrain au lieu de chercher à le dominer physiquement dans l'axe. Au lieu d'entasser sept joueurs au centre, Malzahn répartit ses troupes de manière à forcer les défenseurs à faire des choix : s'ils couvrent l'extérieur, l'axe s'ouvre. S'ils viennent presser l'axe, la passe vers l'extérieur devient libre.
Cela ressemble à une pure logique de système — et c'en est une. Mais l'étape décisive réside dans la conclusion qu'en a tirée Malzahn : dès lors que le système crée de l'espace, le joueur doit pouvoir décider librement dans cet espace. La Spread Offense ne vaut que par la capacité du quarterback et des receveurs à lire les espaces générés et à choisir la bonne option — en une fraction de seconde, sous pression, ballon en main.
Malzahn n'a donc pas programmé des combinaisons rigides, mais des cadres de décision : le quarterback dispose de trois options sur chaque action, selon une hiérarchie précise. Il choisit en temps réel en fonction de ce que la défense lui concède. Le système lui donne le cadre, la créativité lui dicte le meilleur choix à l'intérieur de ce cadre.
Ce que cela implique pour le football de formation
La plupart des jeunes joueurs vivent exactement le contraire : on leur dicte des séquences fermées à exécuter. Le poste A court ici, le poste B transmet le ballon là, le poste C conclut. Tout écart est perçu comme une faute. Résultat : des joueurs qui se figent dès qu'un imprévu survient — ce qui arrive systématiquement en match réel. Parce qu'ils n'ont jamais appris à lire des options.
La transposition de Malzahn pour le football : ne pas imposer des trajectoires fixes, mais des hiérarchies d'options. L'attaquant au pressing n'a pas pour consigne rigide « cours là-bas », mais « Option 1 : passe directe dans le dos de la ligne défensive. Option 2 : passe en retrait vers le numéro 6 disponible. Option 3 : dribble à travers l'intervalle. » C'est lui qui tranche — le système lui donne simplement la grammaire du jeu.
Le paradoxe de la créativité : la liberté a besoin de limites
Les recherches sur la créativité confirment ce que Malzahn a découvert sur le terrain : la créativité s'épanouit bien mieux dans des contextes délimités que dans une liberté totale. Patricia Stokes, psychologue à l'université Columbia, a démontré dans ses travaux sur les percées créatives dans l'art et le sport que les innovations majeures sont nées de contraintes délibérément imposées — et non en dépit d'elles.
La raison est simple : les contraintes forcent le cerveau à abandonner les schémas de résolution habituels. Quiconque a toujours toutes les options ouvertes choisit la voie de la facilité. Celui qui est contraint d'utiliser son mauvais pied finit par le développer. Celui qui ne peut pas passer par l'axe trouve la faille sur les ailes. La contrainte agit comme un déclencheur créatif.
Pour l'entraînement des jeunes, cela signifie : travailler la créativité ne consiste pas à supprimer les règles. Cela consiste à introduire les bonnes règles — celles qui obligent les joueurs à explorer de nouvelles solutions.
Exemples de règles contraignantes stimulant la créativité :
- Limite de touches : deux touches maximum dans le jeu de passe — oblige à percevoir plus vite et interdit de garder le ballon par sécurité
- Contrainte de zone : chaque joueur doit avoir franchi la moitié adverse avant la frappe — incite aux courses en profondeur et aux surnombres
- Valorisation des buts : les buts inscrits en première intention comptent double — récompense les prises de décision audacieuses
- Zone interdite : l'axe central est fermé, relance obligatoire par les couloirs — force le jeu de renversement et les centres
- Consigne de pied : utilisation exclusive du pied gauche (pour les droitiers) — développe le pied faible en situation réelle de jeu
Quatre principes de formation pour les joueurs créatifs
Proposer des options plutôt que d'imposer des solutions
L'erreur classique de l'éducateur : dire au joueur ce qu'il aurait dû faire. « Là, tu dois jouer à gauche. » Le problème : le joueur en déduit qu'il existait une seule bonne solution qu'il aurait dû connaître par cœur. Il n'apprend pas à lire la situation.
L'alternative : échanger sur les options. « Qu'as-tu vu ? Quelles possibilités avais-tu ? Selon toi, laquelle était la plus adaptée — et pourquoi ? » Cet échange construit des cartes cognitives plutôt que des chaînes d'ordres. Le joueur apprend à analyser une situation — pas à réciter des réponses prémâchées.
Rendre le budget risque explicite
Les joueurs créatifs connaissent plus de déchet — parce qu'ils tentent des actions plus audacieuses. Dans un climat qui sanctionne l'erreur, ils rentrent dans le rang. Dans un climat qui tolère l'échec constructif, ils progressent.
Le concept de budget risque s'avère précieux : à chaque séance, chaque joueur dispose de trois « tentatives à risque » où il choisit délibérément l'option la plus complexe sans risquer la moindre réprimande en cas d'échec — si ce n'est un encouragement : « Recommence. » Cela normalise la prise de risque comme un outil d'apprentissage, et non comme une faute.
Ouvrir des fenêtres temporelles
La créativité demande du temps — or, en match, le temps est une denrée rare. La solution ne consiste pas à brider la créativité, mais à entraîner les moments où elle dispose de temps : après un duel gagné, loin du porteur du ballon, lors des phases de supériorité numérique.
Les joueurs apprennent à faire la distinction entre les zones où la créativité représente un danger inconsidéré (zone défensive basse, infériorité numérique, dernière passe de sécurité) et celles où elle devient une plus-value majeure (supériorité numérique, espace libre, temps d'avance avec le ballon). C'est la créativité tactique : non pas de l'arbitraire, mais une véritable lucidité situationnelle.
Intégrer des modèles de style
Les jeunes progressent par imitation — ce n'est pas une faiblesse, mais un mécanisme naturel d'apprentissage. Au lieu de le réprimer, les meilleures structures de formation l'exploitent : « Joue comme X dans cette situation » devient une consigne explicite. Que ferait Thierry Henry ici ? Comment Pirlo aurait-il exploité cet espace ? La forme de jeu assortie d'une tâche d'imitation aiguise simultanément la perception et le répertoire gestuel.
La culture de l'erreur comme catalyseur de créativité
Rien ne distingue plus nettement les éducateurs favorisant la créativité de ceux qui la brident que la gestion de l'erreur. Les études scientifiques sont formelles : dans un environnement où les erreurs entraînent des conséquences sociales (remplacement prématuré, réprimande publique, moqueries des partenaires), la prise de risque s'effondre pour atteindre le seuil minimal de sécurité. Les joueurs ne choisissent plus la meilleure option, mais celle qui attire le moins l'attention.
Inverser la tendance n'exige pas une révolution méthodologique, mais trois ajustements concrets au quotidien sur le terrain :
1. Décortiquer l'erreur sans la sanctionner. « Choix intéressant — qu'avais-tu perçu à cet instant ? » au lieu de « Faux, recommence. » Le joueur ne cherche pas à se justifier, il analyse son action.
2. Valoriser explicitement les échecs audacieux. Si un joueur tente d'enchaîner du pied faible et dévisse sa frappe : « La décision était parfaite — maintenant, place au geste technique. Réessaie. » Il convient de dissocier l'évaluation de la prise de décision de celle de l'exécution gestuelle.
3. Rendre visibles les solutions créatives. Dès qu'un joueur débloque une situation par une action inattendue et efficace : interromps brièvement l'exercice et attire l'attention du groupe. « Vous avez vu ça ? C'est exactement cette façon de penser que nous recherchons. » La créativité est ainsi valorisée comme un modèle à suivre — et non comme une exception tolérée.
La créativité selon les rôles — ce dont chaque poste a besoin
La créativité n'est pas une qualité uniforme pour tous les postes. Elle prend des formes très différentes — et former tous les profils selon le même moule créatif, c'est passer à côté de sa dimension tactique spécifique.
Gardien de but : la créativité sous pression extrême
Le gardien de but est le premier relanceur — les exigences modernes ont profondément bouleversé son rôle. La créativité dans son entraînement implique : élargir son registre à la relance, travailler les angles de passe inhabituels, normaliser la passe face au pressing comme une alternative viable. Trouver une relance courte audacieuse à contre-courant relève d'une décision créative — qui s'enseigne et ne dépend pas du simple réflexe.
Défenseur central : la créativité structurée
Les défenseurs centraux chargés de faire progresser le jeu ont besoin d'une créativité bien précise : la capacité de trouver des sorties inattendues dans des zones de très forte pression. La longue transversale pour contourner le pressing, la première touche orientée qui casse la ligne adverse, la prise de risque à la relance par l'axe — ce n'est pas s'affranchir du système, c'est mettre sa créativité au service de la construction du jeu. Travail recommandé : formes de jeu sous pressing avec bonus pour les passes directes qui trouvent la profondeur.
Milieu défensif : la créativité par le contrôle du tempo
Le milieu de terrain axial détermine les accélérations et les temps faibles du jeu — une forme de créativité qui ne s'exprime pas à travers des gestes techniques spectaculaires, mais par le timing. Quand orienter en première intention ? Quand temporiser et conserver le ballon ? Quand changer de rythme ? Travail recommandé : situations de jeu où le joueur axial doit expressément choisir d'accélérer ou de calmer le jeu.
Numéro 10 / Joueur libre : la créativité comme compétence clé
C'est ici que chacun réclame de la créativité — mais trop souvent sous un angle trompeur : le spectacle pur. Un excellent meneur de jeu se montre créatif par le liant qu'il crée, non par l'accumulation de dribbles. Il détecte la passe invisible pour les autres et ouvre des espaces avant même qu'ils n'apparaissent. Travail recommandé : formes de jeu récompensant d'un point bonus les passes vers des intervalles non anticipés par le bloc défensif.
Attaquant : la créativité dans le dernier geste
La créativité de l'attaquant est la plus directement quantifiable — et donc celle qui subit le plus lourdement la pression du résultat. La reprise spontanée du mauvais pied, le lob improvisé, la frappe en demi-volée au second poteau — autant de solutions créatives qui ne surviennent que si l'entraînement les stimule et les valorise. Travail recommandé : ateliers de finition offrant un avantage aux gestes techniques inattendus (frappe en première intention, pied faible, tir en pivot).
Cas concret : deux joueurs créatifs, deux trajectoires
Joueur A, 14 ans : Excellente qualité technique, redoutable en un contre un, régulièrement sorti du terrain lorsque son équipe est menée au score. Justification de son éducateur : « Il prend trop de risques. » Deux ans plus tard : le joueur A bride progressivement ses initiatives, choisit les solutions faciles, devient prévisible — et finit par perdre sa place.
Joueur B, 14 ans : Profil technique similaire, autre éducateur. Ce dernier applique le principe du budget risque : trois situations de risque explicites par séance d'entraînement, durant lesquelles aucun déchet technique n'est réprimandé. En match : la prise de risque est maintenue, mais intégrée dans des phases de jeu où une perte de balle reste gérable (moitié de terrain adverse, avance confortable, supériorité numérique). Deux ans plus tard : le joueur B a enrichi son bagage créatif tout en apprenant à l'exprimer au moment opportun.
La différence ne réside pas dans le talent brut — mais dans la pédagogie appliquée. Le joueur A a évolué dans une culture de la sanction du risque. Le joueur B, dans une culture de la canalisation du risque. Le résultat ne se mesure qu'après plusieurs années — mais il est parfaitement prévisible.
Ce que le contexte de Malzahn apporte au football en club
Le football américain universitaire présente une particularité directement transposable au football amateur : les entraîneurs disposent de très peu d'influence directe pendant le jeu. Le quarterback tranche sur le terrain en temps réel — le coach ne peut intervenir que lors des temps morts.
Cette contrainte impose une discipline d'entraînement qui fait souvent défaut dans le sport amateur européen : les joueurs sont formés pour remporter des matchs — pas pour exécuter des ordres venus du banc. La planification hebdomadaire de Malzahn ne se focalise pas sur des combinaisons stéréotypées pour le match suivant, mais sur la qualité décisionnelle sous stress : comment réagit le quarterback face à un alignement défensif imprévu ? Comment le receveur réajuste-t-il sa course quand sa première option est verrouillée ?
La leçon pour l'éducateur de jeunes footballeurs : prépare tes joueurs à évoluer sans toi. L'idée semble paradoxale — l'entraîneur travaille pour que les joueurs n'aient plus besoin de lui. C'est pourtant la finalité absolue. Le joueur qui a constamment besoin de tes consignes depuis la ligne de touche n'a pas développé son intelligence de jeu — il s'est simplement habitué au son de ta voix. Le silence après le coup d'envoi est le véritable test : tes joueurs ont-ils pris des initiatives, ou sont-ils restés dans l'attente ?
Formes d'entraînement pour une liberté structurée
Forme 1 : Le jeu d'options (5 contre 5, joueur neutre)
Mise en place : 5 contre 5 sur terrain réduit, un joueur neutre (joker). Le joker joue systématiquement avec l'équipe en possession du ballon. Il force la défense à gérer en permanence une variable supplémentaire et procure à l'attaque une solution d'appui immédiate.
Objectif d'apprentissage : les joueurs apprennent à solliciter le joker — ou à s'en passer délibérément si un chemin plus direct existe. L'arbitrage entre sécurité (joker) et prise de risque (dribble, passe verticale) est au cœur de l'exercice.
Variante : interdiction de trouver le joker sans avoir d'abord éliminé un adversaire par un dribble — ce qui incite directement à la créativité individuelle.
Forme 2 : Le but en une seconde (6 contre 6, finition rapide)
Mise en place : match classique sur petit terrain, mais les buts marqués sans contrôle préalable (reprise de volée, déviation directe, tête plongeante) comptent triple.
Objectif d'apprentissage : les joueurs se préparent activement à enchaîner sans contrôler au lieu de temporiser par réflexe. Cela développe la prise d'information anticipée — le joueur traite l'environnement avant même de recevoir le ballon.
Forme 3 : La zone créative (8 contre 8, secteur central)
Mise en place : baliser une zone de 10 mètres au milieu de terrain. Dans ce périmètre, les duels au contact sont neutralisés — le porteur du ballon ne peut pas subir de faute. Toute récupération de balle dans la zone rapporte un point.
Objectif d'apprentissage : dans cet espace sécurisé, la créativité s'exprime pleinement car la peur de l'erreur disparaît. Les joueurs tentent des feintes, des passes cachées, des changements d'orientation audacieux. Le transfert : ce qui est osé dans la zone s'exporte ensuite sur le reste du terrain.
Forme 4 : Le coach silencieux (toute forme de jeu)
Mise en place : l'éducateur s'abstient de toute consigne verbale pendant la séquence de jeu. Pas de guidage, pas d'injonction, aucun commentaire à chaud. À l'issue du temps de jeu : débriefing structuré avec les joueurs.
Objectif d'apprentissage : les joueurs cessent de guetter les directives du banc et prennent leurs propres responsabilités. Cela engendre davantage de déchet à court terme — mais génère une autonomie incomparable à moyen terme. L'entraîneur mesure concrètement ce que ses joueurs ont réellement assimilé.
Forme 5 : Les combinaisons inventées (travail par groupes, 10 minutes)
Mise en place : deux ou trois joueurs conçoivent ensemble leur propre enchaînement — une combinaison impliquant au minimum trois passes qu'ils imaginent librement. Ils la répètent, l'expliquent brièvement, et l'équipe s'efforce de la placer en situation de match pendant deux minutes.
Objectif d'apprentissage : les joueurs construisent eux-mêmes une structure, la partagent et testent son efficacité face à l'opposition. Cela stimule la compréhension tactique, l'inventivité et la communication entre partenaires.
Forme 6 : Le jeu des postes permutés (toute forme de jeu)
Mise en place : après chaque but inscrit, deux joueurs désignés échangent instantanément de poste. L'ailier bascule dans l'axe, le milieu axial glisse sur l'aile.
Objectif d'apprentissage : les joueurs doivent s'adapter immédiatement à des repères inhabituels. Cette gymnastique brise les réflexes rigides et enrichit la lecture du jeu sous différents angles — l'un des leviers les plus puissants pour forger la créativité.
Exemple de séance : liberté structurée (90 minutes)
Catégorie d'âge : U15/U17
Thème : lire les options et décider avec créativité
Échauffement (15 min)
Jeu de passes par groupes de cinq — chaque joueur porte un numéro et est sollicité dans un ordre aléatoire. Règle complémentaire : avant de jouer sa passe, le receveur annonce à voix haute deux solutions de relance potentielles. Aucune pression temporelle, le but étant de verbaliser la lecture des options.
Bloc technique (15 min)
Slalom et changements de direction des deux pieds : chaque exercice est d'abord réalisé avec le pied fort, puis avec le même volume au pied faible. Finition : frappes sans contrôle sous différents angles, alternativement pied droit et pied gauche.
Forme de jeu 1 (15 min) : jeu d'options 5 contre 5 + joker
Bilan : à quels moments les équipes ont-elles utilisé le joker, quand ont-elles choisi une autre voie — ces choix étaient-ils pertinents ?
Forme de jeu 2 (20 min) : combinaisons inventées
Trois groupes de trois joueurs créent chacun une séquence (8 min), la présentent au groupe (2 min), puis l'équipe s'efforce d'intégrer les trois variantes lors d'un match d'application (10 min de jeu libre). L'éducateur observe quelles solutions émergent spontanément.
Forme de jeu 3 (15 min) : coach silencieux en jeu libre
Silence complet de l'entraîneur. Au coup de sifflet final : échange avec le groupe — quelles décisions ont-ils prises seuls ? Quels repères leur ont manqué sans consignes directes ?
Bilan et retour au calme (10 min)
Discussion collective : quelle inspiration créative a surpris aujourd'hui ? Quelle prise de risque n'a pas fonctionné — et pourquoi ? Que retenez-vous pour le week-end ?
Les erreurs classiques des entraîneurs face à la créativité
Erreur 1 : « Les joueurs créatifs ont simplement besoin de liberté totale. »
Ce dont ils ont besoin, ce sont de repères clairs. Une liberté absolue produit du flottement, pas de la créativité. Le cadre le plus propice aux créatifs repose sur un nombre restreint de règles strictes — combiné à une très grande latitude de décision à l'intérieur de ces limites.
Erreur 2 : « Je reconnais la créativité dès que je la vois. »
Les éducateurs ne repèrent souvent la créativité que lorsqu'elle est couronnée de succès. Une feinte qui échoue, une passe aveugle mal dosée — c'est déjà de la créativité, simplement inachevée dans son exécution. Ne féliciter que le résultat positif incite à la retenue et à la frilosité.
Erreur 3 : « La créativité ne s'apprend pas — c'est un don inné. »
La recherche démontre sans ambiguïté qu'elle constitue en grande partie une compétence qui s'entraîne. Elle s'articule autour du répertoire technique (ce que je sais faire), de la perception (ce que je parviens à voir) et de l'audace (ce que j'ose tenter) — trois aspects parfaitement perfectibles à l'entraînement.
Erreur 4 : « Les profils créatifs ne rentrent pas dans un projet collectif. »
C'est tout l'inverse : les systèmes collectifs les plus aboutis (le jeu de position de Pep Guardiola, le pressing synchronisé de Ralf Rangnick) génèrent davantage de prises d'initiatives individuelles que le football improvisé, car ils définissent clairement le terrain de jeu où l'audace est protégée.
Erreur 5 : « Je dois protéger mon joueur créatif. »
Les joueurs inventifs n'ont pas besoin d'un cocon protecteur, mais d'exigences qui stimulent leur sens de l'adaptation. Épargner à un joueur les duels ou le pressing adverse l'empêche précisément d'affronter les situations complexes qui forgent les solutions de demain.
Comment reconnaître les progrès en créativité
La créativité ne se mesure pas au chronomètre — mais certains indicateurs ne trompent pas :
Une plus grande variété dans les choix : les joueurs testent différentes réponses dans des contextes similaires au lieu de s'enfermer dans un geste unique. C'est le socle : un éventail de solutions qui s'enrichit.
Un traitement de l'information accéléré : le temps nécessaire pour sélectionner une option diminue. Cela prouve que leurs repères mentaux s'affinent et deviennent automatiques.
La nature des erreurs commises : les erreurs d'audace (décision courageuse, exécution technique imparfaite) augmentent — tandis que les erreurs d'hésitation (passe en retrait par défaut, opportunité manquée par peur) reculent. Ce ratio traduit une réelle évolution d'état d'esprit.
La capacité d'auto-évaluation : les joueurs savent expliciter leurs intentions après l'action. Cela confirme que leur créativité relève d'une réflexion consciente et non d'un pur coup de chance.
Des solutions inattendues sur le terrain : ces instants où un joueur invente une trajectoire qu'aucun éducateur n'avait montrée — et que son geste s'avère payant. C'est la signature concrète d'une formation réussie.
Checklist : encourager la créativité dans le système
- Enseignes-tu des hiérarchies d'options plutôt que des solutions prédéterminées ?
- Tes joueurs disposent-ils de moments d'entraînement où le risque est formellement autorisé ?
- Utilises-tu des contraintes de jeu stimulantes (limite de touches, valorisation des buts) ?
- Ton retour pédagogique distingue-t-il clairement la pertinence de l'idée de son exécution technique ?
- Intègres-tu des phases d'entraînement où tu t'imposes de garder le silence ?
- Tes joueurs ont-ils des modèles identifiés dont ils peuvent imiter le style ?
- Les échecs courageux sont-ils valorisés au même titre que les initiatives gagnantes ?
- Fais-tu permuter régulièrement tes joueurs sur des postes différents ?
Questions fréquentes
Cinq points clés : la créativité dans le système
La Spread Offense de Malzahn ne se copie pas à l'identique — mais sa philosophie de jeu est totalement transposable. Le système libère des espaces, le joueur les exploite. La structure fournit les fondations, la prise d'initiative apporte la réponse. Et l'encadrement détermine si le jeune perçoit le cadre comme un carcan ou comme un tremplin.
Une question fondamentale s'adresse à chaque éducateur : si ton joueur le plus créatif devait citer dans dix ans la personne qui lui a appris à réfléchir par lui-même — ton nom figurera-t-il dans sa réponse ? La qualité du travail mené au quotidien décide de ce verdict.
Derrière chaque forme d'entraînement se profile le même dilemme : prépare-t-on des exécutants dociles — ou forme-t-on des joueurs capables de penser le jeu ? Malzahn a opté pour la seconde voie, et son animation offensive en est la traduction concrète. Chaque éducateur sur un terrain de football est confronté au même arbitrage — consciemment ou non.
1. La créativité n'est pas un trait de caractère mais une compétence — elle s'affine par l'élargissement du répertoire, la prise d'information et le droit à l'erreur.
2. Les contraintes adaptées décuplent l'inventivité — la liberté sans repères engendre la facilité.
3. Enseigner des hiérarchies d'options plutôt que des mouvements figés : le joueur qui sait lire le jeu dominera toujours celui qui ne fait que réciter une combinaison.
4. La culture de l'erreur est déterminante : réprimer les initiatives audacieuses, c'est inculquer la peur — pas enseigner le football.
5. Le système protège la créativité : comprendre les limites du cadre permet de savoir exactement où l'on peut prendre des risques.
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