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La périodisation du football de Raymond Verheijen : la forme sans préparation physique

Raymond Verheijen est le méthodologue de l'entraînement le plus contesté du football européen. Le Néerlandais a été l'adjoint de Guus Hiddink en Corée du Sud, en Australie et en Russie, a travaillé avec Dick Advocaat et avec Gary Speed au pays de Galles et a conseillé des clubs dans toute l'Europe. Et il attaque publiquement depuis des années les entraîneurs qui, selon lui, surchargent leurs joueurs — Guardiola, Wenger, Klopp, van Gaal, nommément et chiffres à l'appui. Cela lui a valu des ennemis et un cercle de partisans qui enseignent sa méthode dans le monde entier. La World Football Academy, qu'il a fondée, forme des entraîneurs selon son modèle.

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L'idée de base : ce qu'est la condition footballistique

Le point de départ de Verheijen est une définition. Les préparateurs physiques classiques mesurent l'endurance, la force et la vitesse comme des grandeurs isolées : consommation d'oxygène, détente, temps de sprint. Verheijen y voit l'erreur fondamentale.

La condition footballistique, c'est la capacité de répéter souvent des actions de football avec une haute qualité. Pas courir. Pas sauter. Des actions de football : donner une passe, disputer un duel, partir en profondeur, déclencher un pressing. Un joueur qui, à la 80e minute, prend encore la même décision avec la même exécution qu'à la 10e est en forme. Un joueur aux excellentes valeurs de laboratoire qui ne le peut pas ne l'est pas.

De là découle son modèle de l'action. Toute action de football comporte trois étapes :

1. Communication — le joueur perçoit ce que font partenaires, adversaires et ballon.

2. Décision — il choisit une action.

3. Exécution — il la réalise.

La fatigue attaque les trois étapes. Un joueur fatigué voit moins, décide moins bien et exécute moins précisément. Qui n'entraîne que l'exécution — les jambes — entraîne un tiers. C'est pourquoi la condition footballistique doit se travailler dans des situations qui exigent les trois étapes : dans des jeux.

Jusqu'ici, c'est la même conclusion que chez Frade. La différence vient maintenant.

Les quatre dimensions de la forme

Verheijen décompose la condition footballistique en quatre dimensions qui diffèrent physiologiquement et doivent donc s'entraîner différemment :

1. L'explosivité. La capacité d'exécuter une action de football à intensité maximale — un sprint, un duel, un changement de direction. Physiologiquement : la force par unité de temps.

2. Tenir l'explosivité sur de nombreuses actions. La capacité de maintenir la qualité des actions sur 90 minutes. Le joueur qui à la 85e minute a encore le sprint qu'il avait à la 5e.

3. La récupération entre les actions. À quelle vitesse un joueur est prêt pour la suivante après une action intense. Au football, il n'y a souvent que quelques secondes entre deux sprints. Qui récupère plus vite peut sprinter plus souvent.

4. La récupération entre les séries. À quelle vitesse un joueur est prêt pour la série suivante après une série d'actions intenses — une phase offensive avec plusieurs sprints, par exemple.

Chaque dimension correspond à un type de jeu. C'est le cœur de Verheijen et sa différence avec Frade : il dit exactement quel jeu travaille quelle dimension.

DimensionType de jeuCaractéristiques
ExplosivitéPetits jeux, du 1 contre 1 au 4 contre 4Courts, intensité maximale, longues pauses, peu de répétitions
Tenir l'explosivitéJeux moyens, du 5 contre 5 au 8 contre 8Plusieurs blocs de durée moyenne, pauses courtes
Récupération entre actionsJeux petits à moyens avec beaucoup d'actionsForte densité d'actions, interruptions courtes
Récupération entre sériesGrands jeux, du 8 contre 8 au 11 contre 11Blocs longs, rythme de match, alternance d'intensité et de calme

La taille du terrain règle l'intensité. Petit terrain avec peu de joueurs : beaucoup d'actions, forte explosivité. Grand terrain avec beaucoup de joueurs : longues courses, endurance, rythme. L'entraîneur règle le jeu comme un préparateur règle un tapis — mais le joueur, lui, joue au football.

La planification de la semaine

Verheijen planifie non seulement la semaine mais la saison en cycles de plusieurs semaines où les dimensions s'appuient les unes sur les autres. Simplifié : d'abord la récupération entre séries, puis tenir l'explosivité, puis l'explosivité. Les grandes formes avant les petites. Le volume avant l'intensité.

À l'intérieur de la semaine il suit des règles tirées de la physiologie de la récupération :

Après un match, le corps a besoin d'environ 48 heures pour récupérer complètement. L'entraînement du lendemain est régénératif ou n'a pas lieu. Le travail intense commence au plus tôt le surlendemain.

Avant un match, le corps a besoin d'environ 48 heures après le dernier travail intense. La veille du match est courte et explosive, sans fatigue.

Deux séances intenses à la suite créent une fatigue qui s'accumule. Verheijen parle de fatigue accumulée : un joueur qui n'aborde jamais la séance suivante complètement récupéré devient plus lent au fil des semaines sans s'en rendre compte — jusqu'à la blessure.

Avec un match par semaine, cela donne une structure qui ressemble au morphocycle de la périodisation tactique, mais justifiée physiologiquement : match le dimanche, lundi repos ou récupération, mardi repos ou léger, mercredi et jeudi intenses avec des dimensions différentes, vendredi court et explosif, samedi activation.

Avec deux matchs par semaine, cela se réduit à un minimum : récupération, un jour de préparation, match. Verheijen a montré plusieurs fois par les chiffres que les clubs à calendrier chargé ne peuvent pratiquement pas s'entraîner en saison — et que toute tentative de le faire quand même produit des blessures.

La critique de la surcharge

La position la plus connue de Verheijen est sa critique de ce qu'il appelle la surcharge. Elle vise deux choses.

Trop de volume en présaison. Verheijen a montré à plusieurs reprises que les clubs qui travaillent l'été avec des doubles séances et un fort volume de course ont plus de blessures musculaires à l'automne. Son argument : la base que Klopp et Gasperini posent l'été n'est pas une base, c'est une hypothèque. Le corps la rembourse quand la charge de la saison s'y ajoute.

Trop peu de récupération en saison. Les entraîneurs qui travaillent davantage après une défaite, qui enchaînent deux journées intenses, qui font du physique le lendemain du match produisent tous, selon Verheijen, de la fatigue accumulée. Sa formule : moins, c'est plus. Une équipe fraîche gagne plus de matchs qu'une équipe qui s'est beaucoup entraînée.

Cette critique l'a mis en conflit. Il a publiquement attribué à l'entraînement les blessures du Bayern de Guardiola en 2013 et 2014, critiqué pendant des années l'Arsenal de Wenger et attaqué Klopp avec des chiffres de blessures. Les entraîneurs visés n'ont pas répondu ou ont écarté Verheijen comme extérieur. Mais le débat qu'il a lancé est arrivé dans les sciences du sport : la gestion de la charge par rapport à la semaine précédente est aujourd'hui un standard.

Verheijen et Frade : la comparaison

Les deux rejettent le travail physique isolé. Les deux travaillent la forme dans des jeux. Les deux ont une structure hebdomadaire avec des journées à dominante différente. Les différences n'en sont pas moins fondamentales.

FradeVerheijen
Point de départLe modèle de jeuL'action de football
JustificationSystémique — le joueur ne se démonte pasPhysiologique — l'action a des dimensions mesurables
Classement des jeuxSelon les principes du modèle de jeuSelon les dimensions de la forme
PrésaisonMême semaine, moins de complexitéCycles, volume avant intensité, mais pas de surcharge
RécupérationRécupération par la spécificitéRègles des 48 heures, fatigue accumulée
PrécisionVolontairement vague — l'entraîneur remplit le modèleVolontairement précise — l'entraîneur suit des règles
LangageAcadémie portugaise, complexePragmatisme néerlandais, accessible

Pour l'entraîneur, la différence est pratique : Frade exige d'avoir une idée de jeu et d'en tout déduire. Verheijen exige de comprendre quel jeu produit quel effet et de bâtir la semaine en conséquence. Qui sait faire les deux conçoit le jeu selon le modèle et en choisit la taille selon la dimension physique. C'est, en pratique, ce que font la plupart des grands clubs.

Les critiques adressées à Verheijen

Le ton. Par ses attaques publiques, Verheijen a suscité plus d'attention pour sa personne que pour sa méthode. Beaucoup d'entraîneurs le rejettent sans la connaître. C'est son problème, mais cela a nui à la diffusion.

La simplification. Ses règles des 48 heures et ses dimensions sont faciles à retenir, mais la physiologie est plus complexe. Les différences individuelles de récupération sont grandes et les règles ne conviennent pas à tous les joueurs. Verheijen le sait et le dit, mais la transmission s'arrête souvent aux règles.

La question du sprint. Comme chez Frade, la question demeure de savoir si les jeux reproduisent suffisamment la vitesse maximale. Verheijen mise sur les petites formes pour l'explosivité, mais savoir si la vitesse maximale de sprint y est atteinte reste — comme décrit dans le physique sans ballon — discuté dans la recherche. Beaucoup de clubs ajoutent des sprints ciblés, ce que le modèle de Verheijen ne prévoit pas.

Les preuves de ses thèses sur la surcharge. Ses reproches à des entraîneurs précis reposent sur des chiffres de blessures qui peuvent avoir d'autres causes. Le lien entre présaison et blessures d'automne est plausible, mais pas aussi net qu'il le présente.

Pas de modèle de jeu. Sa méthode ne dit rien de la manière dont une équipe doit jouer. Elle classe les jeux selon la forme, pas selon la tactique. Un entraîneur qui n'appliquerait que Verheijen aurait une équipe en forme sans idée de jeu. C'est la lacune que comble Frade.

Application : ce que tu peux en retenir

Cette section est notre interprétation.

Pour les entraîneurs amateurs et de jeunes, Verheijen est la méthode de périodisation la plus accessible, parce qu'elle fonctionne avec des règles applicables sans diplôme en sciences du sport.

Pense en actions, pas en kilomètres

Ton équipe n'est pas en forme parce qu'elle peut courir 10 kilomètres. Elle est en forme quand le défenseur central donne encore la bonne passe à la 85e minute. Après chaque match, ne te demande pas si l'équipe a craqué, mais quelles actions se sont dégradées : les décisions, les duels, les sprints. Cela te dit quelle dimension manque.

Utilise la taille du terrain comme réglage

Petit terrain, peu de joueurs : explosivité. Grand terrain, beaucoup de joueurs : endurance et rythme. C'est l'outil le plus simple de la planification, et il ne coûte rien. Si ton équipe craque en fin de match, il te faut plus de grandes formes. Si elle perd les duels, plus de petites.

Deux séances, deux dimensions

La façon dont une semaine se construit en général est traitée dans la planification de l'entraînement.

Avec mardi et jeudi et un match le samedi : mardi grand et long — récupération entre séries, rythme de match. Jeudi petit et explosif — court, dur, longues pauses, pour que l'équipe soit fraîche le samedi. C'est la règle des 48 heures à l'échelle amateur, et elle contredit le schéma répandu qui consiste à travailler encore fort le jeudi.

Le lendemain du match est libre

Si ton équipe joue le dimanche, le lundi n'est pas un jour d'entraînement. Si tu dois t'entraîner le lundi faute d'autre créneau : léger, court, avec ballon, sans duels. Tout le reste est de la fatigue accumulée.

Ne t'entraîne pas plus après une défaite

C'est la règle la plus difficile. Le réflexe après une mauvaise prestation est la punition par le volume. Verheijen dit : cela produit la mauvaise prestation suivante. Une équipe qui a perdu a besoin de clarté et de fraîcheur, pas de kilomètres.

Une présaison sans hypothèque

Quatre semaines de présaison à deux séances font huit séances. La logique de Verheijen dans ce cas : d'abord les grandes formes, puis les moyennes, puis les petites. Le volume avant l'intensité. Pas de courses, pas de doubles séances, pas de stage où l'équipe s'entraîne en trois jours autant qu'en trois semaines d'ordinaire.

L'essentiel

  • Pour Verheijen, la condition footballistique est la capacité de répéter souvent des actions de football avec une haute qualité, pas des valeurs de laboratoire. Chaque action comporte communication, décision et exécution, et la fatigue attaque les trois.
  • Quatre dimensions — explosivité, tenir l'explosivité, récupération entre actions et entre séries — correspondent à quatre types de jeux, réglés par la taille du terrain et le nombre de joueurs.
  • La planification hebdomadaire suit des règles de récupération : 48 heures après le match, 48 heures avant le match, jamais deux journées intenses à la suite.
  • Sa critique de la surcharge — trop de présaison, trop peu de récupération — a marqué le débat sur la gestion de la charge, même si le ton lui a nui.
  • Face à Frade : physiologique plutôt que systémique, précis plutôt que vague, sans modèle de jeu. Les deux se complètent.
  • Transférable : penser en actions, la taille du terrain comme réglage, deux séances avec deux dimensions, le lendemain du match libre, ne pas s'entraîner plus après une défaite, une présaison sans hypothèque.

Celui qui planifie sa semaine dans Coach OS peut donner à chaque séance sa dimension — grande et longue le mardi, petite et explosive le jeudi. Que l'équipe soit fraîche le samedi, c'est le plan qui le décide, pas l'outil.

FAQ : questions fréquentes

Qu'est-ce que la périodisation du football selon Verheijen ?+
Une méthode d'entraînement qui travaille la forme exclusivement dans des jeux, mais les rattache à des dimensions physiologiques — explosivité, tenir l'explosivité, récupération entre actions et entre séries — et planifie la semaine selon des règles de récupération.
Quelle est la différence entre Verheijen et Frade ?+
Frade part du modèle de jeu et argumente de façon systémique. Verheijen part de l'action de football et argumente de façon physiologique. Frade est volontairement vague, Verheijen volontairement précis. Verheijen n'a pas de modèle de jeu, Frade pas de dimensions de la forme.
Pourquoi Verheijen critique-t-il autant d'entraîneurs ?+
Parce qu'il voit dans la surcharge — trop de volume en présaison, trop peu de récupération en saison — la cause principale des blessures musculaires, et qu'il l'a publiquement imputée à des entraîneurs comme Guardiola, Wenger et Klopp.
La règle des 48 heures vaut-elle aussi pour les amateurs ?+
Oui, davantage même. Les amateurs ont moins de possibilités de récupération que les professionnels. Le lendemain du match est libre, la veille du match courte et explosive.
Faut-il encore un modèle de jeu avec Verheijen ?+
Oui. Verheijen classe les jeux selon la forme, pas selon la tactique. Ce qui est travaillé à l'intérieur du jeu, l'entraîneur doit le déduire de son idée de jeu.

Sources et lectures

  • Raymond Verheijen : Football Periodisation: Part 1 — la fondation de la méthode.
  • Raymond Verheijen : How Simple Can It Be? — la présentation plus accessible, avec des exemples pratiques.
  • World Football Academy : supports de cours et conférences sur la périodisation du football.
  • Analyses publiques de Verheijen sur la fréquence des blessures et la charge d'entraînement, dispersées dans des entretiens et sur les réseaux entre 2012 et 2020.
  • L'article de cette série sur le physique sans ballon, qui situe Verheijen entre Frade et les sciences du sport.

Note sur les sources : la description de la méthode suit les publications de Verheijen lui-même. L'attribution des tailles de jeu aux dimensions dans le tableau est une simplification ; Verheijen différencie davantage selon les dimensions du terrain, la durée et les pauses.

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