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Manchester City : comment Guardiola entraîne

Six titres en sept ans, dont quatre d'affilée. Un triplé en 2023. Des records de points, de buts et de passes. Le Manchester City de Pep Guardiola est l'équipe de club la plus dominante qu'ait connue le football anglais. Pour un entraîneur, City est intéressant pour une raison précise : c'est La Masia avec un budget illimité. La même idée de jeu qu'au FC Barcelone, les mêmes exercices, la même logique d'entraînement — mais sans les limites d'un club qui dépend de sa formation. Ce que Guardiola fait à Manchester montre à quoi ressemble le jeu de position quand on peut acheter tout ce qui lui correspond.

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D'où vient l'idée

Avant 2008, City était un club moyen doté d'une grande base de supporters. Après le rachat par l'Abu Dhabi United Group, on a d'abord acheté, sans ligne directrice. Le tournant arrive en 2012, quand Ferran Soriano devient directeur général et Txiki Begiristain directeur sportif, tous deux venus de Barcelone.

Les deux avaient piloté les années Guardiola au Barça. Leur plan pour City était affiché : une structure de club sur le modèle barcelonais, avec un centre de formation qui enseigne le même jeu que l'équipe première et, à terme, Guardiola comme entraîneur.

En 2014 ouvre la City Football Academy, un centre d'entraînement d'environ 32 hectares face au stade, avec des terrains pour toutes les catégories, sa propre école et un internat. Les équipes de jeunes ont joué dès le départ selon les mêmes principes que les professionnels. Rodolfo Borrell, auparavant éducateur à La Masia puis à Liverpool, a été l'une des figures clés de la construction méthodologique.

Guardiola arrive en 2016 avec son staff : Lorenzo Buenaventura comme préparateur physique — élève de Paco Seirul·lo, qui accompagne Guardiola depuis Barcelone ; Carles Planchart pour l'analyse ; Manuel Estiarte comme homme de confiance ; Domènec Torrent et Mikel Arteta comme adjoints, plus tard Juanma Lillo, que Guardiola cite comme l'une de ses influences majeures.

Le club avait construit la structure pendant quatre ans. Guardiola n'avait plus qu'à s'en servir.

L'idée de jeu : le jeu de position prolongé

La base est le Juego de Posición de Barcelone : occuper l'espace pour créer un avantage dans chaque zone. Ce que Guardiola a ajouté à Manchester, ce sont des réponses à des problèmes qui n'existaient pas ainsi en Espagne : des adversaires plus rapides, plus de transitions, des duels plus physiques.

La grille de zones

Les terrains d'entraînement de Guardiola sont marqués d'une grille : cinq couloirs verticaux, plusieurs bandes horizontales. C'est bien documenté, déjà depuis son passage au Bayern. La grille rend le jeu de position enseignable. Au lieu de « démarque-toi », la consigne devient « occupe les demi-espaces, trois joueurs maximum sur une ligne ».

Les règles de Barcelone tiennent toujours : pas plus de trois joueurs sur une ligne horizontale, pas plus de deux dans un couloir vertical. L'étagement qui offre des solutions dans toutes les directions apparaît alors automatiquement.

La structure en 3-2-5

En possession, City se structure presque chaque saison en 3-2-5 ou 2-3-5, indépendamment de l'organisation nominale. Trois ou deux joueurs forment la base, deux ou trois sécurisent l'axe, cinq occupent la dernière ligne : deux ailiers, deux joueurs de demi-espace, un attaquant.

Les cinq devant fixent la défense à quatre adverse. Les joueurs de demi-espace se placent entre les lignes. L'ailier joue le plus large possible pour étirer l'adversaire. C'est l'idée « provoquer d'un côté, jouer de l'autre » — coulée dans une structure.

Le latéral rentrant

L'adaptation la plus connue de Guardiola. Plutôt que de monter à l'extérieur, un latéral rentre dans l'axe et forme avec le milieu défensif une double base. Fabian Delph en 2017/18, Oleksandr Zinchenko, puis João Cancelo, ensuite John Stones en défenseur central hybride qui monte au milieu.

La raison : plus de joueurs dans l'axe en possession, une meilleure couverture des contres, et des couloirs libres pour les vrais ailiers.

La défense de réserve

Le terme le plus directement associé à City. La défense de réserve désigne la structure qui reste derrière l'attaque pendant que le ballon est haut. À City, c'est en général la base de trois joueurs plus Rodri — un 3-1 ou un 2-2 placé de façon à absorber immédiatement une perte de balle.

C'est ce qui distingue City de beaucoup d'équipes de possession : City attaque à cinq mais ne défend jamais à moins de quatre ou cinq. La défense de réserve n'est pas de la prudence, c'est la condition pour que l'attaque puisse prendre des risques.

Le contre-pressing après la perte

Comme City reste compact et haut en possession, les distances après une perte sont courtes. La consigne de Guardiola est la même depuis Barcelone : attaquer immédiatement, récupérer le ballon dans les premières secondes. Le jeu de position crée la structure, le contre-pressing l'exploite.

Les coups de pied arrêtés comme domaine propre

City a été l'un des premiers clubs de Premier League à recruter un entraîneur spécialisé sur les coups de pied arrêtés : Nicolas Jover à partir de 2019, plus tard à Arsenal, puis Carlos Vicens. Les coups de pied arrêtés se travaillent dans des séances dédiées, avec vidéo et courses planifiées. Ce n'est pas un détail : les matchs serrés se jouent là, et City les travaille systématiquement depuis des années.

Comment on s'entraîne

Guardiola donne peu d'accès à son travail d'entraînement. Ce que l'on sait vient de biographies, de propos d'anciens joueurs et adjoints, et de l'observation de séances ouvertes.

Le rondo en entrée, le jeu de position au cœur. Chaque séance commence par des rondos, souvent 5 contre 2 ou 6 contre 3 — la variante la plus connue de Guardiola est le 8 contre 2 —, avec des règles de touches et de changements d'orientation. Viennent ensuite les jeux de position par zones, généralement en supériorité : 4 contre 4 plus 3, 7 contre 7 plus 3, jusqu'au 11 contre 11 avec règles de zones.

Tout a des règles qui imposent le principe. Si le thème est le troisième homme, seul compte un but après une passe par-dessus un joueur. Si le thème est le couloir, le ballon doit avoir touché le couloir une fois avant la finition. L'exercice ressemble à un match. La règle en fait un entraînement.

La semaine de Buenaventura. Élève de Seirul·lo, Lorenzo Buenaventura travaille avec l'entraînement structuré : le physique par des formes jouées, des journées à dominantes différentes, presque aucun travail isolé. La force et la prévention se font individuellement, en complément, pas en séance collective sans ballon.

Séances courtes, forte concentration. Guardiola dépasse rarement 75 à 90 minutes. Des joueurs ont souvent décrit un effort mental supérieur à l'effort physique : décisions permanentes, corrections permanentes.

La vidéo comme langue. Guardiola travaille avec Planchart sur des montages courts et très ciblés : pas le match entier, mais les trois scènes où un principe n'a pas fonctionné. La vidéo fait partie de l'entraînement, ce n'est pas une annexe.

L'entraîneur corrige la position, pas la technique. Le coaching de Guardiola porte presque exclusivement sur le placement et la décision. Où es-tu quand le ballon est là ? Pourquoi n'es-tu pas un mètre plus à l'intérieur ? La technique est présupposée — à City, on peut l'acheter.

La City Football Academy

Le centre est conçu pour enseigner l'idée de jeu de l'équipe première. Toutes les catégories jouent selon les mêmes principes, s'entraînent sur les mêmes terrains avec les mêmes grilles et sont encadrées par des entraîneurs issus de la même méthodologie.

L'Elite Development Squad, les U23 de City, joue au jeu de position comme les professionnels. Enzo Maresca, plus tard entraîneur de Leicester et de Chelsea, a gagné avec eux la Premier League 2 en 2021 avec exactement ce football-là.

Ce qui en sort : Phil Foden est le diplômé le plus connu et un titulaire. Rico Lewis et Oscar Bobb ont intégré l'équipe première. Cole Palmer est passé par le centre avant d'être vendu en 2023 à Chelsea pour environ 40 millions, où il est devenu international. Jadon Sancho, Brahim Díaz, Romeo Lavia, Liam Delap, Taylor Harwood-Bellis : formés à Manchester, performants ailleurs.

C'est bien le point : le centre produit des professionnels de haut niveau, mais rarement pour sa propre équipe première, parce que cette équipe est composée des meilleurs joueurs du monde. Le centre est devenu pour une bonne part un modèle économique — les ventes de joueurs formés au club comptent comme profit dans les comptes.

S'y ajoute le City Football Group : New York City FC, Melbourne City, Gérone, Troyes, Yokohama F. Marinos, Mumbai City et d'autres clubs qui travaillent selon les mêmes principes et s'échangent des joueurs. Le modèle ressemble à celui de Red Bull, en plus grand et avec le jeu de position au lieu du pressing comme langue commune.

Les critiques

Ce n'est pas transposable. C'est la limite la plus importante. Le jeu de position de Guardiola fonctionne à City parce que chaque joueur est techniquement assez sûr pour continuer à une touche sous pression. Cette densité de talents s'achète. Un club sans ce budget qui copie City copie la surface.

Le centre ne sert pas l'équipe première. Il forme bien et vend bien. Mais le chemin du jeune vers le statut de titulaire est plus difficile à City que presque partout ailleurs. Qui cite Foden comme preuve de la formation citizen doit accepter Palmer, Sancho et Lavia comme contre-preuve.

La dépendance à des individualités. Quand Rodri a manqué presque toute la saison 2024/25 sur blessure, le système s'est effondré. City a fini troisième, largement distancé. Un système réputé pendant des années indépendant des personnes tenait à un joueur.

Les limites de la possession face aux blocs bas. City a appris au fil des ans à gagner contre les équipes qui défendent bas — avec Haaland à la finition, avec des ailiers en un contre un. Mais la faiblesse du modèle demeure : si l'adversaire refuse l'espace, le jeu de position devient de la possession sans avantage.

La base financière. City est depuis des années soupçonné d'infractions aux règles financières de la Premier League. Quelle qu'en soit l'issue, le modèle est indissociable d'une capacité financière qu'aucun autre club ne possède.

Application : ce que tu peux en retenir

Cette section est notre interprétation.

L'erreur serait de copier le jeu de City. Ce qui fonctionne, c'est de comprendre la structure derrière ce jeu et de la simplifier.

Marque ton terrain

Pas cinq couloirs et quatre bandes. Trois couloirs — gauche, axe, droite — avec des coupelles ou des lignes suffisent pour une équipe de jeunes. Puis la règle la plus simple : jamais plus de trois joueurs dans un couloir. Cela impose la largeur sans que tu aies à la réclamer en permanence.

La défense de réserve comme règle de base

Peu importe comment tu attaques : deux joueurs restent derrière le ballon, même quand il est haut. C'est la forme simplifiée du 3-1 de City. Cela te coûte un attaquant et t'épargne dix contres par match.

Travaille-la dans une forme jouée : le but ne compte que si, au moment de la frappe, deux de tes joueurs sont dans ta moitié de terrain.

Le troisième homme comme objectif d'entraînement

Jeu de position 4 contre 4 plus 3 jokers. Règle : un but ne compte qu'après une passe qui élimine un joueur. Cela travaille ce que City fait le mieux — la passe destinée non au joueur suivant, mais à celui d'après.

Prends les coups de pied arrêtés au sérieux

Dix minutes par semaine pour une variante de corner et une de coup franc. Avec des courses claires, avec la vidéo du dernier match si tu l'as. City a un spécialiste pour cela — tu as les mêmes dix minutes. Comment construire corners et coups francs méthodiquement est traité dans les coups de pied arrêtés.

Coache la position, pas la technique

Après une perte de balle, pas « passe mieux » mais « où aurais-tu dû être placé pour que cette passe soit facile ? ». C'est le coaching de Guardiola, et il fonctionne dans tous les championnats.

N'achète pas ce que tu ne peux pas payer

Si tes défenseurs centraux ne tiennent pas le ballon sous pression, la relance courte face à un pressing haut n'est pas ton jeu. Le jeu de position présuppose une sécurité technique. Construis d'abord la sécurité — avec des rondos et des jeux de position en supériorité — puis l'idée de jeu.

Ce qu'il faut retenir

  • Manchester City, c'est le modèle barcelonais avec du personnel barcelonais — Soriano, Begiristain, Borrell, Buenaventura, Guardiola — et sans la contrainte de dépendre des joueurs formés au club.
  • Les adaptations de Guardiola : grille de zones, structure en 3-2-5 en possession, latéral rentrant, défense de réserve, coups de pied arrêtés comme domaine propre.
  • On s'entraîne par des rondos et des jeux de position avec des règles qui imposent le principe. Le physique suit Seirul·lo, presque aucun travail isolé.
  • Le centre enseigne la même idée de jeu et produit de bons professionnels — le plus souvent pour d'autres clubs.
  • Le modèle n'est pas transposable, parce qu'il suppose une densité de talents qu'il faut acheter. Ce qui est transposable, ce sont les principes : la largeur par les zones, la défense de réserve, le troisième homme, les coups de pied arrêtés.

Qui enregistre dans Coach OS une idée de jeu comme fil rouge de toutes les équipes d'un club travaille avec la pensée de la City Football Academy — sans les 32 hectares. La pensée est la même : une langue, toutes les catégories.

FAQ : questions fréquentes

Qu'est-ce que la défense de réserve ?+
La structure qui reste derrière sa propre attaque pendant que le ballon est haut. À City, en général trois joueurs plus Rodri. Elle absorbe les pertes de balle et permet à l'attaque de prendre des risques.
Pourquoi Guardiola fait-il rentrer ses latéraux ?+
Pour avoir plus de joueurs dans l'axe en possession, mieux couvrir les contres et garder les couloirs libres pour les vrais ailiers.
Le jeu de City est-il le même que celui du Barça de Guardiola ?+
La même base, mais adaptée : plus de structure en possession, plus de couverture, davantage de un contre un sur les côtés et un vrai avant-centre. Le jeu anglais est plus rapide et plus physique que le jeu espagnol de 2010. Le style dans le détail est traité dans la tactique de Pep Guardiola.
Combien de joueurs formés au club jouent à City ?+
Peu. Foden, Lewis et Bobb sont les exceptions. Le centre forme bien mais vend la plupart de ses talents.
Le jeu de position fonctionne-t-il sans l'effectif de Guardiola ?+
Les principes oui. Le modèle complet suppose une sécurité technique sous pression. Les formes simplifiées — trois couloirs, défense de réserve, troisième homme — fonctionnent à tous les niveaux.

Sources et lectures complémentaires

  • Martí Perarnau : Pep Confidential et Pep Guardiola: The Evolution — l'accès le plus détaillé au travail d'entraînement de Guardiola, depuis ses années au Bayern, méthodologiquement transposable.
  • Lu Martín et Pol Ballús : Pep's City: The Making of a Superteam — sur la structure du club et les premières années à Manchester.
  • Entretiens avec Juanma Lillo, Lorenzo Buenaventura et Rodolfo Borrell sur la méthodologie.
  • Le documentaire Amazon All or Nothing: Manchester City (saison 2017/18) — accès au vestiaire, à l'entraînement et au travail vidéo.
  • Javier Mallo : Complex Football — sur l'arrière-plan de la philosophie de Buenaventura via Seirul·lo.

Note sur les sources : Guardiola ne publie pas de plans d'entraînement. Cette description repose sur des biographies, des documentaires et des propos du staff. Les montants de transfert sont des sommes de base rapportées par les médias.

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